Mardi 12 février 2008
undefined           Le concept de continuum, à la recherche du bonheur perdu                        De  Jean Liedloff

Jean Liedloff est une américaine qui a passé plusieurs séjours en Amazonie dans une tribu d’indiens : les Yéqwanas. Ses observations lui ont permis de construire le concept de continuum, car les indiens Yéqwanas vivent en accord avec les « attentes » de l’espèce humaine.
 
Continuum : « enchaînement d’expériences qui correspondent aux attentes et tendances de notre espèce, dans un environnement de même logique que celui où sont nées ces attentes et tendances. Cela implique un comportement adéquat vis à vis des autres, acteurs dans cet environnement, et une attitude appropriée de ceux-ci envers nous. »
 
Elle mesure ainsi l’éloignement du continuum humain de la culture occidentale notamment vis à vis des enfants.
 
Voici ce qu’est le continuum d’un bébé humain : portage en continu jusqu’au déplacement de l’enfant, allaitement, sommeil partagé, partage des activités adultes, confiance dans l’enfant
 
L’enfant sent qu’il est bon et est naturellement enclin à coopérer avec l’adulte.


La naissance dans les pays occidentaux fait que la mère ne parvient pas à s’attacher à son bébé donc réagit comme s’il était mort. C’est le deuil ou la dépression post-partum. Pour notre espèce c’est la mère qui doit s’attacher à son bébé. Or chez nous la mère attend que son bébé l’aime (et lui attend qu’elle l’aime) et donc frustration des deux côtés. La mère et l’enfant ne comprennent pas qu’ils ne s’aiment pas.
Un bébé non porté ne peut évoluer vers l’indépendance puisqu’il aspire à être dans les bras de sa mère.
 
Les mères Yéqwanas sont simplement disponibles, patientes, mais passives. Elles suivent les besoins de l’enfant mais ne vont pas au devant. Elles ne cherchent pas à les diriger, les influencer. Elles ne les félicitent pas ni ne les blâment (considèrent que leur comportement est normal).
Les enfants décident de tout par eux-mêmes. Ils sont entièrement responsables.
Dans notre culture, en ne laissant pas les enfants décider pour eux-mêmes, nous leur envoyons le signal qu’ils ne sont pas capables et donc ce que nous redoutons arrive.
Les Yéqwanas ne surveillent jamais leurs enfants et pourtant il n’arrive pas d’accident. Et ils sont très indépendants puisqu’ils ont vécu pleinement la phase « dans les bras ».
 
Chez eux, les conversations se font par âge et par sexe. L’enfant apprend selon ses capacités de compréhension.
Il n’y a pas d’esprit de compétition, pas de jalousie.
 
L’auteure explique qu’il y a une tendance forte au travail dans un continuum respecté. Chez les Yéqwanas, le mot travail n’existe pas. Tout est fait dans la joie et la bonne humeur.
 
Le mal-être occidental viendrait du fait que son continuum n’est pas respecté et du mythe de croire que ça ira mieux un jour (nous avons perdu l’âge d’or).
Du coup nous cherchons constamment à retrouver un état de bien-être (yoga, méditation, alcool, pilules) mais plus on s’est éloigné de son continuum d’enfant plus on du mal, et plus on a du mal à se libérer de l’intellect.
 
On ne peut pas changer la culture dans laquelle on vit (non respect du continuum) mais on peut en réunir certaines qualités :
            -Porter, allaiter et dormir avec l’enfant petit.
-l’enfant doit pouvoir entendre les conversations des adultes.
            -l’enfant doit avoir des camarades de son âge et des plus vieux car il lui faut de la compagnie et des exemples.
            -Il faut aussi une continuité entre les générations. Vivre avec plusieurs générations.
            -Il faut un travail et de la coopération respectant la nature humaine.
            -Des contacts entre les familles (ne pas rester isolé comme dans le cas des femmes au foyer). Créer des groupes vivant et travaillant ensemble de quelques familles.
            -Les enfants devraient toujours pouvoir accompagner les adultes.
 
Si on respecte son continuum, chaque âge de la vie est vécu pleinement et on avance sans regret. Comprendre nos lacunes, le fait que notre propre continuum n’a pas été respecté ne nous guérira pas mais nous aidera à faire un pas dans la bonne direction au lieu de nous éloigner encore plus de notre bien-être.
« A ce stade de l’Histoire, dormir avec son bébé semble être un changement radical à installer ». De même que le portage.
Notre manière de faire occidentale est très courte dans les millions d’années de continuum de l’histoire humaine ce qui nous laisse une marge pour changer.
 
 
 
Par Murielle Desimpel - Publié dans : Lectures
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